Le RSA sert-il l’emploi ?
Par Philippe Villechalane, porte-parole de l’Association pour l’emploi
D’abord, brièvement dire que l’emploi ne devrait pas être cette juxtaposition de petits boulots précaires, de contrats à durée déterminée, de contrats à durée indéterminée, de seulement quelques heures par semaine, etc. Mais que chacune et chacun devrait pouvoir vivre convenablement des fruits de son travail, et être décemment indemnisé quand la société est dans l’incapacité d’offrir les emplois nécessaires.
Ensuite, une précision pour rappeler que, si des femmes et des hommes se sont retrouvés allocataires du RMI, c’est bien parce que, dans l’immense majorité des cas, ils n’ont pas retrouvé de travail. Le nombre de mois d’allocation chômage n’a cessé de diminuer et les conditions d’accès n’ont pas arrêté de se durcir ; pourtant, toutes les statistiques montrent que ce sont les chômeurs les mieux indemnisés qui retrouvent le plus facilement un emploi.
Sans même la crise, qui a bon dos, il est clair que pour les « trop diplômés », « pas assez diplômés », « trop jeunes », « trop femmes », « trop vieux », « trop Noirs », « trop de banlieue », le travail se fait rare, surtout s’il est correctement rémunéré.
Le RSA est un dispositif de classe qui, sous couvert de lutter contre la pauvreté, institutionnalise la précarité, casse le Code du travail, met à mal les 35 heures ainsi le SMIC.
C’est encore une avancée pour le patronat, qui rêve de toujours faire baisser le prix du travail pour, comme dans le principe des vases communicants, faire toujours plus de profit.
Le travail effectué par l’allocataire du RMI, et qui produira, à n’en pas douter, de la richesse, donc des profits pour des patrons, sera payé par le contribuable. Il s’agit en réalité d’une subvention à l’emploi précaire. Le patronat, aux anges, a déjà obtenu 23 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales.
Et ces sommes manqueront pour le service public, à l’enseignement, la santé, aux transports, à la recherche…
Alors, il n’est évidemment pas question de nier et de bouder les quelques dizaines ou centaines d’euros que pourront gagner en plus chaque mois des femmes et des hommes qui en ont plus que besoin pour survivre.
Il en sera du RSA comme il en est des Restos du coeur, cela permet parfois de garder la tête hors de l’eau, mais nous souhaitons néanmoins les voir disparaître, parce que les besoins élémentaires doivent être acquis comme des droits issus d’un véritable partage des richesses produites par les salariés eux-mêmes et l’ensemble de la communauté, et non comme des mesures s’apparentant plus à la charité et à une surexploitation qu’à la solidarité.
N’oublions pas que, dans le même temps où on nous passe le baume du RSA, le nombre de chômeurs explose comme jamais, bientôt ils se compteront en réalité au-dessus des 6 millions, si on tient compte des érémistes, des ASS, des API et de celles et ceux qui ne sont même pas inscrits (principalement des jeunes) parce que n’ayant aucun droit.
Chaque mois, ce sont des dizaines de milliers et parfois même près de 100 000 chômeurs supplémentaires, et il ne faut surtout pas croire, malgré les effets d’annonce, les déclarations de Fillon et les messages publicitaires, que le RSA va sensiblement faire baisser ces chiffres, ni même en compenser une partie significative.
Ce n’est pas la première fois qu’on nous annonce des diminutions du nombre de chômeurs que l’on ne voit jamais venir… Sauf lorsqu’ils mettent en place des mesures de contrôle draconiennes afin de radier à tour de bras, ce qui se passe depuis des mois dans une indifférence quasiment générale. N’oublions pas que les chômeurs sont les premières victimes sur lesquelles ils expérimentent les niveaux de résistance et d’acceptation de l’ensemble de la société. Il y a donc urgence à ne pas laisser faire et à ne pas accepter l’inacceptable.
Philippe Villechalane, porte parole.Apeis, 8 rue de Verdun, 94800 Villejuif